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La Franc-maçonnerie en Thiérache

La Franc-maçonnerie spéculative s’est développée dès le XVIIIe siècle. Avec un certain décalage dans le temps, la Thiérache a bénéficié de ce progrès n’étant pas ce pays isolé et inculte, seulement couvert de forêts et de cours d’eau que d’aucuns voyaient en elle. En effet, la Thiérache – zone frontière était traversé par des courants commerciaux (exportation des grains vers les Pays-Bas). Les productions agricoles et artisanales y abondaient : l’élevage des moutons, des chevaux, des bovins, le travail de la laine, du fer, du bois, du papier, la confection des briques. Les nombreux moulins hydrauliques fournissaient la force motrice. Les Thiérachiens étaient industrieux, actifs et ouverts sur l’extérieur (le mot thiérachien était même devenu un nom commun désignant un roulier).

À la fin du XVIIIe siècle, deux Loges du Grand Orient s’étaient implantées l’une à Guise et l’autre à Vervins.

  •   La Loge de Guise.

Elle a été créée au mois de février 1774, sous le patronage de la Loge de Saint-Jean à l’Orient de Saint-Quentin, et nommée La Franchise. C’était une Loge semi-ecclésiastique, composée lors de sa création de cinq clercs et de sept bourgeois dont plusieurs titulaires de charges du bailliage de Guise, parmi eux : Jean-Benoît Desmoulins, le père de Camille le futur propagateur de la Révolution Française.

L’Atelier de la Loge était installé dans le couvent des minimes (un rameau des franciscains). Le Vénérable Maître de la loge était le père Charles François Cavennes, le supérieur de ce couvent qui deviendra plus tard curé constitutionnel de Guise. Charles-Pierre-Paul, marquis de Savalette de Langes aurait été le premier député de la loge au Grand Orient (comme il le fut pour de nombreuses loges).

  • La Loge de Vervins.

« Il fallut attendre une quinzaine d’années pour qu’une seconde Loge voie le jour en Thiérache : c’est celle de Vervins qui fut fondée le 24 janvier 1789, sous le titre distinctif de Saint-Jean les Amis Réunis et sous l’égide elle aussi de la Loge de Saint-Jean à l’Orient de Saint-Quentin. »Il fallut attendre une quinzaine d’années pour qu’une seconde Loge voie le jour en Thiérache : c’est celle de Vervins qui fut fondée le 24 janvier 1789, sous le titre distinctif de « les Amis Réunis » et sous l’égide elle aussi de la Loge de Saint-Jean à l’Orient de Saint-Quentin.

Selon Christophe Maury, (Les loges maçonniques en Thiérache au XVIIIe siècle, in Des Provinciaux en Révolution, SAHVT, 1990), la demande formulée le 24 novembre 1788, avec le signe distinctif Saint-Jean des Amis Réunis fut appuyée par les loges voisines Saint Jean et L’Humanité de St-Quentin et La Franchise de Guise ; le GODF donna son accord le 17 juin 1789. D’après Alain Le Bihan (Loges et chapitres de la GL et du GODF, Paris 1990), la loge fut constituée officiellement par le Grand Orient le 17 juin 1789 « pour prendre rang au 24 février. En 1792, elle adressa un tableau au GODF […] La reprise de ses travaux fut accordée le 3 décembre 1805« .

A l’origine la loge « les Amis Réunis » de Vervins était composée de douze membres, tous résidant à Vervins, négociants pour la majorité d’entre eux; il y avait aussi un ecclésiastique (le vicaire Charles François Godart, futur curé constitutionnel de Vervins) ainsi que deux agents du fisc royal. Leur parcours maçonnique était déjà important puisqu’ils venaient pour la plupart de loges picardes et champenoises. Il est à noter que Jean-Baptiste Debry, le père du conventionnel Jean Debry, était demeuré dans sa Loge d’origine. Quant à Jean Debry lui-même, futur député de a circonscription, futur ministre puis préfet d’empire, s’il fut incontestablement maçon, il ne fit jamais partie des effectifs de la Loge de Vervins.

Le vieux château de Vervins, propriété du seigneur de Vervins, François Marie Casimir Franquetot de Coigny, lui-même franc-maçon, abritait l’Atelier de la Loge.

La Révolution s’étant radicalisée (mais pas vraiment dans le département de l’Aisne), les deux Loges de Thiérache semblent ne plus avoir eu d’activité après 1792.

Toutefois quelques frères ont tenté de réanimer la Loge de Vervins au début de l’Empire et sur la Carte maçonnique de l’Empire Français et de toutes les dépendances du GODF de France dressée par le F  Fustier et datée de 1809, la loge Les Amis réunis est indiquée comme loge en activité à Vervins. C’est alors une des trois seules loges en activité indiquées dans le département de l’Aisne (les deux autres étant La Parfaite Union à Laon et La Philantropie à Saint-Quentin).

Dans l’Itinéraire du Royaume de France paru chez Hyacinthe Langlois (2e édition revue et corrigée, 1816); la loge de Vervins les Amis Réunis est encore indiquée.

On ignore tout, à ce jour, de la poursuite de l’activité de la loge vervinoise au XIXe siècle.

Notons l’influence, dans les deux Loges de Thiérache, d’une personnalité particulière et majeure de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, Savalette de Langes, fondateur de la loge parisienne des Amis Réunis ou des Philalèthes.

Près de deux siècles plus tard, c’est à l’initiative de Franc-Maçons laonnois qu’une nouvelle loge a été créée à Vervins dans les années 1990 sous le titre distinctif de « Le Grand Œuvre ».

Cette Loge du Grand Orient de France possède ses propres locaux à Vervins , elle est devenue mixte en 2012.

  1. A. B. & P. C.
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